Le meilleur de Monsieur Grange (TA1, 1993-1994)
(Après de longues dissertations de philosophie qui ont coûté à l'élève qui parle leur pesant de sueur et de neurones.) J'comprends pas !?!!
Ça y est... C'est la haine, le ressentiment, le venin.
(En septembre.) Vous êtes prêt à passer votre bac, je peux m'en aller.
Ah oui ! Marcel, vous le connaissez ? On en parlera à la récré.
Je n'imaginais pas que la perversité, le mal puissent être entrés en toi.
Vos propos ne m'intéressent point. Je veux des commentaires philosophiques.
"Quel con ce mec ! Je vais le frapper. Je frappe, cette fois, Arnaud !
Gris - Mais arrêtez, enfin.
J'ai frappé en paroles."
"Vous sollicitez mon indulgence.
Gardette - (...)
Je reste froid."
(Un geste découragé.) J'essaie d'apaiser les passions et tout d'un coup...
"Bascoul (parlant du Grand Soir communiste) - Évidemment ça ne s'est jamais réalisé.
Mais ça viendra."
Qu'on leur coupe la tête !
"Bascoul - La thèse marxiste semble séduisante.
Elle l'est. C'est l'avenir du monde, je vous l'ai expliqué."
Il faudra leur couper la tête... On ne fait pas d'omelettes sans casser des oeufs.
"Oh non Herriou là c'est trop.
Herriou - (...)
Vous m'enchantez Herriou."
J'espère que vous allez vous faire écraser pendant les vacances.
Bertheau, vous travaillez au Canard Enchaîné ?
"Vous avez fait 68 Monsieur ? Mais non j'étais trop petit je vous l'ai déjà dit."
Laubie merci de votre intervention. (T'aurais mieux fait de la fermer, quoi.)
J'apprenais à faire du vélo, en 68.
Bertheau, je vais vous frapper !
Si j'avais des enfants comme vous, je les aurais étouffés à la naissance.
(À Nenault :) Vous êtes né à quel âge ?
"Mennessier - Pour ceux qui baisent...
Ah non !
Mennessier - Pour ceux qui commettent l'acte de chair...
Ça d'accord."
"(Quelqu'un au hasard d'une conversation dit :) 25 francs.
(M. Grange reprend au vol, surenchérissant :) 27 francs !"
Déjà petit on me présentait comme un ange.
C'est très rigolo. Oh oh oh oh oh !
(M. Grange et le cours religion.) Nous écoutons religieusement. Oh oh oh comme c'est amusant.
La vie n'est pas drôle, il faut vous le mettre dans la tête, Nenault.
On n'avance pas beaucoup, mais qu'est-ce qu'on s'amuse !
Je ne peux pas discuter sérieusement avec des ignares.
"(M. Grange ayant oublié une bonne note de Bertheau, s'apprête à la corriger.) Votre nom, rappelez-le moi.
Bertheau - Bertheau, B-E-R-T-H-E-A-U.
(Consultant sa liste :) Ah, j'ai pas de Bertheau. (...) Comment vous dites, déjà ?"
Que dire d'autre ? Que dire d'autre encore ?
"(A voix basse, tenant un recueil de sujets du baccalauréat.) Tiens, j'vais embêter Arrighi. (Corse et fier de l'être, oui monsieur.) (A voix haute, constatant avec étonnement :) …! Il y a des sujets en Corse !?!"
"(A Arrighi et Laubie.) Puisque vous ne foutez rien, faites une bataille navale, ça vous sera plus utile..."
Je veux parler avec des gens normaux.
(A Bertheau.) Arrêtez le p’tit fou.
Dubois est innocent Gris est coupable voilà ma loi.
Toi y en a être débile.
"(A Laubie qui regarde par la fenêtre, en avril :) Vous avez jusqu'à votre mort pour admirer la nature, vous n'avez plus que deux mois pour la philosophie..."
Bertheau ici !
"Herriou - Mais qu'est-ce que la beauté aussi ?
Oh ! ta gueule."
N'y aurait-il point une farce qui se prépare ?
En 68 j'étais en couches-culottes.
"Qu'est-ce qui ne va pas, Fleury ?
Fleury –- Gnhm…
Ah, la barbe Fleury ! (Réjoui.) Ça me tentait depuis longtemps."
Vous vous êtes subitement rendus compte de votre petitesse.
"Laubie - Moi c'est Tonio.
(Désolé :) Pourquoi vous ne me l'avez pas dit plus tôt ?"
Ah vous êtes vraiment tartes !
"(En mai, essayant de nous faire admettre la triste réalité.) Le temps passe... Vous savez dans un mois je ne serai plus là."
Qu'il est teigneux celui-là. (Herriou)
Sales gosses !
Monsieur Alexandre, vous êtes un hypocrite, et je ne parle pas à ces gens-là.
(À Fleury :) Connard !.... Avertissement !! (Réjoui :) Et hop, débarrassé, trois jours !
(Bertheau prend la parole.) Ça y est, la vieille fille !
"(À ceux qui ont été confrontés durant leur épreuve orale de sciences économiques à un soixante-huitard attardé marxiste-léninisant.) Je vous l'avais dit... Il fallait être habile et manifester des opinions communistes."
Je suis un tyran refoulé.
On ne peut pas les raisonner, c'est des malades... Il faut les piquer.
Ne levez pas la tête, parce que sinon je vous la coupe.
De toutes façons il faut tous les piquer, c'est la seule solution, les piquer, comme des chiens.
"Retournez chez vous, Bascoul.
Bascoul, qui est interne - Mais c'est ici, chez moi.
C'est ça, c'est ça.
Bascoul - Mais vous êtes un père pour moi, Monsieur, comme Staline : le Petit Père des Élèves. Oui, merci, Bascoul."
Tout désir charnel doit être anéanti.
Moins fort, touché-coulé là-bas.
"Gardette - Oh il pleut.
Oh oui tiens c'est vrai que c'est intéressant."
Je rêve quelque fois que je dois repasser le bac. Et bien sûr je suis recalé.
Que je voie le sang gicler !
"(M. Grange se lève brusquemment, brandissant tel une massue le cahier de textes :) Ça y est, je cède à mes pulsions."
"(Ziolo lit son cours.) C'est moi qui ai dit ça ?!
La classe - Oui !
C'est bien !!"
"(M. Grange arrive avec quelque retard.)
Bertheau - C'est à c't'heure-là qu't'arrives ?
Tais-toi, Bertheau !"
"Si un élève laisse un billet de 500 francs dans sa copie ?
Je suis indulgent, je mets 9, je vais jusqu'à 10.
- Et un chèque ?
(Désapprobateur :) Ça laisse des traces quand on l'encaisse !"
(A Batkiewicz :) C'est votre chien qui vous a coiffé ce matin ?
Votre moyenne va baisser arbitrairement, Bertheau.
Ricanez en silence !
Bertheau, vous m'énervez, vous me rendez fou.
"Arrighi - Je vois qu'on gêne le cours ; on peut sortir...
Oui !! Oui !! Mais surtout ne revenez pas demain, ou alors à 10 h... (Après le cours de philo donc.)"
"Bertheau - Vendredi, je ne suis pas là, je vais à l'hôpital !
Enfin, vous vous êtes enfin décidé à vous faire opérer. Ils vous enlèvent la partie droite ou la partie gauche du cerveau ?"
Tout ce que je dis est faux.
Le meilleur de Monsieur Lauret (HK, 1994-1995)
"(Devoir d'histoire durant l'heure de philosophie, M. Lauret surveille ; il tousse ;) Excusez-moi... (Expliquant :) Vos copies me rendent malade."
"(Vendredi, avant de nous rendre les dissertations :) Voilà vos dissertations. (Réjoui) Je vous laisse le week-end pour méditer sur votre malheur..."
Il faut lire les auteurs... Ça se voit comme une tarentule sur un plat de crème fraîche, que vous ne l'avez pas lu.
"(Répondant à une question) Ça vous sert à quoi les cours de philosophie de l'année dernière ? Pour l'instant pas à grand chose, ça vous sert à avoir 5."
Un professeur ça ne sert pas à apprendre quelque chose.
Vous ne risquez pas d'avoir des sujets sur le rôle de l'allégorie dans le drame baroque allemand.
Excusez-moi il faut que j'aille pisser. A force de boire de l'eau...
Il y a différentes manières de se réaliser en tant qu'homme. Il n'y a qu'une manière de se réaliser en tant que caniche.
La question « Qu'est-ce que doit être un caniche ? » n'a aucun sens pour un caniche.
J'ai une marmite à faire bouillir, moi.
Mademoiselle Pernod, vous pouvez être assurée de mon dévouement.
Il faut être pédant en philo.
(Corrigeant « Faut-il apprendre à penser ? », parodiant) Penser, c'est le propre de l'homme, alors, donc, faut-il apprendre à être un homme, euh...
C'est monstrueux... ça me sidère. (Le sens de l'expérience)
(Le professeur décrit « le monde de la tique ») C'est un monde assez beckettien.
Socrate est avant tout un critique de la pédagogie. Bon. Là dessus, il faut que j'aille pisser.
Ma stratégie commence à marcher. Je commence à dégoûter réellement les élèves. Ça va être beaucoup mieux.
La question du son du violon est plus problématique que celle du camembert.
Je suis le Socrate de Canivet.
Ce qui caractérise l'expérience historique, bande de bananes, c'est que nous ne l'avons pas vécue.
Non ! Dieu ne sait pas ce qu'est porter une culotte en soie !
C'est monstrueux. C'est monstrueux.
Publié le 16 décembre 2004 sur http://achernar.over-blog.com/article-34499.html.
Léonard et le robot
Je m'ennuie, dit le robot.
- Et c'est pour ça que tu m'as réveillé !
Léonard s'ébroua et sortit de la capsule de stase. En ce 22e siècle, les humains savaient mettre les gens en stase, dans des capsules spéciales où le temps n'avait plus court, dans des blocs d'espace éternellement identiques.
Certains Terriens avaient choisi de rester en vie et de mourir, tandis que d'autres stagnaient sans rêves dans les eaux mortes de l'espace et du temps, à bord de gigantesques conteneurs qui orbitaient autour du soleil.
Et maintenant, les robots avaient découvert l'ennui.
- Tu m'énerves, Alf (le robot s'appelait Alfred). Pourquoi n'as-tu pas appelé un des habitants de la Terre ? Il t'aurait renseigné !
Le robot imita un soupir. Je ne peux pas, dit-il, ils sont partis. Et il affirma qu'il ne savait pas où, mais qu'ils étaient partis il y a déjà longtemps. Un jour, ils avaient cessé d'émettre. Ils avaient oublié les robots.
Léonard tritura le cigare qu'il venait d'allumer. Les habitants de la Terre avaient disparu ? Et la recherche fondamentale, et tous ces savants chargés de découvrir le secret de l'immortalité, qu'étaient-ils devenus ?
- Emmène-moi sur la Terre, Alf !
Alfred répéta son soupir, un chuintement sceptique. Alf ne voulait pas aller sur la Terre. Il voulait d'abord que Léonard lui révèle comment vaincre l'ennui.
- C'est une manie ! D'accord, faisons un pacte, dit Léonard en soufflant la fumée du cigare sur la tête en forme de chaîne stéréo d'Alfred. Tu m'amènes d'abord sur la Terre et à notre retour je t'expliquerai le secret pour tromper l'ennui.
Silencieusement, Alf mena Léonard jusqu'au pont d'envol. Deux minutes plus tard, une navette quitta la petite lune artificielle.
Toutes les rues de toutes les villes du monde étaient vides et silencieuses. De temps à autre, un robot passait et ramassait les feuilles mortes. Léonard se rendit au Gouvernement. Le ciel était d'un bleu évanescent. L'air était limpide.
La porte du Gouvernement ne voulut pas s'ouvrir. Léonard aperçut alors le papier qui y avait été scotché à la hâte. Désormais jauni et craquelé, il était illisible. Il tomba en poussière lorsque Léonard le toucha. Alfred se pencha. Il ne put déchiffrer les restes. Léonard interpella un robot qui passait par là. Lui aussi, il semblait s'ennuyer.
- Dis-moi, mon brave, sais-tu ce qui était marqué sur le papier qui était placardé là ?
Le robot remua d'un air morne. Oui, il savait, il le connaissait par cœur, il l'avait lu tant de fois. "Les clés sont sous le paillasson"
Sous le paillasson, Léonard trouva effectivement un trousseau de clés. Il entra dans le bâtiment du Gouvernement et se mit à chercher des documents, des mémos, peut-être une note, un post-it, quelque chose qui explique le départ des habitants de la Terre. Quelque chose comme : "Nous sommes partis faire un tour à Alpha du Centaure, nous revenons demain. Ne vous inquiétez pas."
Léonard commençait, justement, à s’inquiéter. Il ne trouvait rien. Il passa une journée, deux jours, une semaine, à fouiller chez le Gouvernement et dans les autres bâtiments officiels. Les robots n'avaient pas fait attention au départ des hommes. Chacun était programmé pour une tâche précise et n'avait pas besoin d'un homme ou d'une femme pour le superviser, parce que les robots du 22e siècle étaient très perfectionnés. Du coup, ils n'avaient pas fait attention.
De temps en temps, un robot médecin s'arrêtait devant Léonard et lui disait : Attention Monsieur Léonard, fumer est mauvais pour la santé. Vous allez attraper une maladie et causer du chagrin à votre famille.
- Mais je suis tout seul ! Quelle importance si je suis malade…
Là, Alfred intervenait souvent pour rappeler à Léonard que, comme il était le dernier homme sur la planète, s'il tombait malade, il ferait terriblement baisser les statistiques de santé. Le pourcentage de gens en bonne santé ferait une telle chute que cela porterait un rude coup au moral des habitants de la Terre.
- Mais c'est moi le dernier habitant de la Terre ! Au bout d’un mois de recherches infructueuses, Léonard repartit avec Alfred sur un vaisseau spatial. Ils accostèrent le gros cube qui contenait les capsules de stase. Dedans se trouvaient encore beaucoup de gens endormis et immobiles. Léonard devait-il les réveiller ? Il réfléchit tout en admirant la Terre qui, vue de l'espace, était une belle planète bleue et blanche. Ces gens avaient choisi d'arrêter de vivre et de mourir. S'ils se réveillaient, ils protesteraient, ils évoqueraient leurs droits, tout l'argent qu'ils avaient payé pour pouvoir arriver dans leur capsule de stase. Peut-être même voudraient-ils instaurer des zones non-fumeur dans le hangar à capsules. Non, décidément Léonard n'avait pas le droit de les déranger. Il devait résoudre cette situation tout seul.
Léonard se détourna de la baie vitrée avec un petit soupir désabusé. Il alla se carrer dans son fauteuil, puis fit un signe à Alf.
- Alors comme ça, tu t'ennuies ? Oui, dit le robot.
- Je vais te raconter une histoire, ça te distraiera. Assieds-toi sur le fauteuil, là.
Le robot fit semblant de trouver cela confortable, mais il n'alla pas jusqu'à allumer un cigare.
C'est ainsi que Léonard raconta une histoire à son compagnon. Il s’agit de l'histoire du Petit Poucet, une très vieille histoire qu'on racontait déjà sur la Terre à l'époque où les aspirateurs n'avaient pas encore de cerveau.
- Cette histoire m'a beaucoup intrigué. Encore, demanda Alfred.
Levant les bras au ciel dans un geste d'exaspération, Léonard ouvrit sa dernière boîte de cigares. D'accord. Un marché est un marché, et tu n'es pas satisfait. Mais ceci est ma dernière boîte, et après l'avoir finie, je me recoucherai et tant pis pour les habitants de la Terre. Confortablement carré dans le petit salon qui se trouvait à côté de la salle des capsules, Léonard conta d'autres histoires, des contes de Grimm ou de Perrault, Alice au Pays des Merveilles et aussi tout Harry Potter jusqu'au neuvième tome, mais vint un moment où le dernier bout de cigare tomba dans le cendrier et où Léonard annonça qu'il allait se recoucher.
- Merci, dit Alf. Je crois que ça m’a fait du bien. Pourtant, je crois que je vais m'ennuyer encore lorsque tu te seras endormi. Tu ne m'as pas donné le secret pour vaincre l'ennui.
- Regarde la télé au lieu de t'en prendre à moi.
Mais la télé diffusait les mêmes programmes depuis très longtemps, et les présentateurs robotiques étaient beaucoup moins amusants que Léonard. Pendant que ce dernier fermait les yeux, il vit Alf prendre un appareil de nettoyage et commencer à récurer le hangar.
Texte écrit en novembre 2001, publié le 16 décembre 2004 sur http://achernar.over-blog.com/article-34540.html.
- Et c'est pour ça que tu m'as réveillé !
Léonard s'ébroua et sortit de la capsule de stase. En ce 22e siècle, les humains savaient mettre les gens en stase, dans des capsules spéciales où le temps n'avait plus court, dans des blocs d'espace éternellement identiques.
Certains Terriens avaient choisi de rester en vie et de mourir, tandis que d'autres stagnaient sans rêves dans les eaux mortes de l'espace et du temps, à bord de gigantesques conteneurs qui orbitaient autour du soleil.
Et maintenant, les robots avaient découvert l'ennui.
- Tu m'énerves, Alf (le robot s'appelait Alfred). Pourquoi n'as-tu pas appelé un des habitants de la Terre ? Il t'aurait renseigné !
Le robot imita un soupir. Je ne peux pas, dit-il, ils sont partis. Et il affirma qu'il ne savait pas où, mais qu'ils étaient partis il y a déjà longtemps. Un jour, ils avaient cessé d'émettre. Ils avaient oublié les robots.
Léonard tritura le cigare qu'il venait d'allumer. Les habitants de la Terre avaient disparu ? Et la recherche fondamentale, et tous ces savants chargés de découvrir le secret de l'immortalité, qu'étaient-ils devenus ?
- Emmène-moi sur la Terre, Alf !
Alfred répéta son soupir, un chuintement sceptique. Alf ne voulait pas aller sur la Terre. Il voulait d'abord que Léonard lui révèle comment vaincre l'ennui.
- C'est une manie ! D'accord, faisons un pacte, dit Léonard en soufflant la fumée du cigare sur la tête en forme de chaîne stéréo d'Alfred. Tu m'amènes d'abord sur la Terre et à notre retour je t'expliquerai le secret pour tromper l'ennui.
Silencieusement, Alf mena Léonard jusqu'au pont d'envol. Deux minutes plus tard, une navette quitta la petite lune artificielle.
Toutes les rues de toutes les villes du monde étaient vides et silencieuses. De temps à autre, un robot passait et ramassait les feuilles mortes. Léonard se rendit au Gouvernement. Le ciel était d'un bleu évanescent. L'air était limpide.
La porte du Gouvernement ne voulut pas s'ouvrir. Léonard aperçut alors le papier qui y avait été scotché à la hâte. Désormais jauni et craquelé, il était illisible. Il tomba en poussière lorsque Léonard le toucha. Alfred se pencha. Il ne put déchiffrer les restes. Léonard interpella un robot qui passait par là. Lui aussi, il semblait s'ennuyer.
- Dis-moi, mon brave, sais-tu ce qui était marqué sur le papier qui était placardé là ?
Le robot remua d'un air morne. Oui, il savait, il le connaissait par cœur, il l'avait lu tant de fois. "Les clés sont sous le paillasson"
Sous le paillasson, Léonard trouva effectivement un trousseau de clés. Il entra dans le bâtiment du Gouvernement et se mit à chercher des documents, des mémos, peut-être une note, un post-it, quelque chose qui explique le départ des habitants de la Terre. Quelque chose comme : "Nous sommes partis faire un tour à Alpha du Centaure, nous revenons demain. Ne vous inquiétez pas."
Léonard commençait, justement, à s’inquiéter. Il ne trouvait rien. Il passa une journée, deux jours, une semaine, à fouiller chez le Gouvernement et dans les autres bâtiments officiels. Les robots n'avaient pas fait attention au départ des hommes. Chacun était programmé pour une tâche précise et n'avait pas besoin d'un homme ou d'une femme pour le superviser, parce que les robots du 22e siècle étaient très perfectionnés. Du coup, ils n'avaient pas fait attention.
De temps en temps, un robot médecin s'arrêtait devant Léonard et lui disait : Attention Monsieur Léonard, fumer est mauvais pour la santé. Vous allez attraper une maladie et causer du chagrin à votre famille.
- Mais je suis tout seul ! Quelle importance si je suis malade…
Là, Alfred intervenait souvent pour rappeler à Léonard que, comme il était le dernier homme sur la planète, s'il tombait malade, il ferait terriblement baisser les statistiques de santé. Le pourcentage de gens en bonne santé ferait une telle chute que cela porterait un rude coup au moral des habitants de la Terre.
- Mais c'est moi le dernier habitant de la Terre ! Au bout d’un mois de recherches infructueuses, Léonard repartit avec Alfred sur un vaisseau spatial. Ils accostèrent le gros cube qui contenait les capsules de stase. Dedans se trouvaient encore beaucoup de gens endormis et immobiles. Léonard devait-il les réveiller ? Il réfléchit tout en admirant la Terre qui, vue de l'espace, était une belle planète bleue et blanche. Ces gens avaient choisi d'arrêter de vivre et de mourir. S'ils se réveillaient, ils protesteraient, ils évoqueraient leurs droits, tout l'argent qu'ils avaient payé pour pouvoir arriver dans leur capsule de stase. Peut-être même voudraient-ils instaurer des zones non-fumeur dans le hangar à capsules. Non, décidément Léonard n'avait pas le droit de les déranger. Il devait résoudre cette situation tout seul.
Léonard se détourna de la baie vitrée avec un petit soupir désabusé. Il alla se carrer dans son fauteuil, puis fit un signe à Alf.
- Alors comme ça, tu t'ennuies ? Oui, dit le robot.
- Je vais te raconter une histoire, ça te distraiera. Assieds-toi sur le fauteuil, là.
Le robot fit semblant de trouver cela confortable, mais il n'alla pas jusqu'à allumer un cigare.
C'est ainsi que Léonard raconta une histoire à son compagnon. Il s’agit de l'histoire du Petit Poucet, une très vieille histoire qu'on racontait déjà sur la Terre à l'époque où les aspirateurs n'avaient pas encore de cerveau.
- Cette histoire m'a beaucoup intrigué. Encore, demanda Alfred.
Levant les bras au ciel dans un geste d'exaspération, Léonard ouvrit sa dernière boîte de cigares. D'accord. Un marché est un marché, et tu n'es pas satisfait. Mais ceci est ma dernière boîte, et après l'avoir finie, je me recoucherai et tant pis pour les habitants de la Terre. Confortablement carré dans le petit salon qui se trouvait à côté de la salle des capsules, Léonard conta d'autres histoires, des contes de Grimm ou de Perrault, Alice au Pays des Merveilles et aussi tout Harry Potter jusqu'au neuvième tome, mais vint un moment où le dernier bout de cigare tomba dans le cendrier et où Léonard annonça qu'il allait se recoucher.
- Merci, dit Alf. Je crois que ça m’a fait du bien. Pourtant, je crois que je vais m'ennuyer encore lorsque tu te seras endormi. Tu ne m'as pas donné le secret pour vaincre l'ennui.
- Regarde la télé au lieu de t'en prendre à moi.
Mais la télé diffusait les mêmes programmes depuis très longtemps, et les présentateurs robotiques étaient beaucoup moins amusants que Léonard. Pendant que ce dernier fermait les yeux, il vit Alf prendre un appareil de nettoyage et commencer à récurer le hangar.
Texte écrit en novembre 2001, publié le 16 décembre 2004 sur http://achernar.over-blog.com/article-34540.html.
Règle de l'Ordre de la Canette de Bière
Article 1 - Il est constitué par la présente un ordre de chevalerie appelé Très Vertueux Ordre de la Canette de Bière Fraîche, et dont l'appellation courante sera Ordre de la Canette de Bière.
Article 2 - Le dépôt de statuts dans les préfectures c'est pour les moutons.
Article 3 - Cette association a pour but de fournir un nouveau prétexte pour boire de la bière.
Article 4 - Le siège social est situé au niveau du foie de chaque chevalier. Dans les cas où une communication s’avérerait nécessaire avec l'association, il suffira de s'adresser à l'Assemblée.
Article 5 - Quiconque reçoit en cadeau au moins une canette de bière et un exemplaire de cette règle se voit offrir la possibilité de rentrer dans l'Ordre. Les membres de l'Ordre portent le titre de chevaliers de la Canette de Bière. La cotisation est fixée à une canette de bière par an, qui devra être offerte à une personne assoiffée. Il faut avoir bu une canette de bière au cours de l'année passée pour garder sa qualité de chevalier. La perte de la qualité de chevalier se produit instantanément dès l'écoulement d'une année sans consommation de canette de bière, ou en l'absence de cotisation.
Article 6 - En toutes circonstances, un chevalier doit garder les canettes de bière au frais. Il ne devra pas souffrir qu'une bière reste tiède en sa présence et devra diligenter toute action jugée nécessaire pour rétablir la fraîcheur appropriée.
Article 7 - Assemblée
Tout chevalier qui a bu au moins quatre canettes de bière dans la soirée se trouve par la même en situation d’Assemblée. Il peut débattre avec tous les chevaliers présents de la situation de l'association et il a le droit de vote. Il peut amender la règle de l'Ordre à sa guise. La personne ayant bu le plus de canettes de bière devient le maître de l'Ordre. Le maître de l'Ordre peut diriger et présider l'Assemblée. Un chevalier présent lors de la promulguation d'un amendement de la règle de l'Ordre peut s'’y opposer. Le chevalier à l'origine de l'amendement peut alors en appeler au jugement de Dieu.
Article 8 - Jugement de Dieu
En cas de conflit entre deux chevaliers, ceux-ci procéderont à un jugement de Dieu. Ils boiront chacun une canette de bière jusqu'à ce que l'un d'entre eux abdique ses prétentions ou jusqu'à ce que Dieu le force à rendre la bière qu'il s’était présomptueusement cru le pouvoir d’absorber. Son adversaire est alors déclaré vainqueur.
Article 9 - Toute décision prise par l'Assemblée et dont elle se souviendrait doit être consignée dès que possible sur ce site web : http://www.alphaeridani.com/2008/03/rgle-de-lordre-de-la-canette-de-bire.html, en enregistrant la décision comme un nouvel article dont le numéro doit suivre le précédent.
Texte publié par Marmaduke le 16 décembre 2004 sur http://achernar.over-blog.com/article-34641-6.html.
Article 10 - En Allemagne, il est de bon ton de commencer la conversation en disant : « Zwei Bier, bitte »
Posté par Marmaduke le 16/12/2004 à 21:33:59
Article 11 - Tout chevalier de la Canette de Bière peut également se déclarer membre de l'Ordre du Saint-Goulot. Toutes les dispositions précédemment réservées aux canettes de bière s'appliquent alors aussi pour lui si la bière est disponible en bouteilles. Les frères de l'Ordre du Saint-Goulot sont automatiquement chevaliers de la Canette de Bière.
Posté par Marmaduke le 20/12/2004 à 00:12:49.
27 mars 2012, modification de l'article 2.
Article 2 - Le dépôt de statuts dans les préfectures c'est pour les moutons.
Article 3 - Cette association a pour but de fournir un nouveau prétexte pour boire de la bière.
Article 4 - Le siège social est situé au niveau du foie de chaque chevalier. Dans les cas où une communication s’avérerait nécessaire avec l'association, il suffira de s'adresser à l'Assemblée.
Article 5 - Quiconque reçoit en cadeau au moins une canette de bière et un exemplaire de cette règle se voit offrir la possibilité de rentrer dans l'Ordre. Les membres de l'Ordre portent le titre de chevaliers de la Canette de Bière. La cotisation est fixée à une canette de bière par an, qui devra être offerte à une personne assoiffée. Il faut avoir bu une canette de bière au cours de l'année passée pour garder sa qualité de chevalier. La perte de la qualité de chevalier se produit instantanément dès l'écoulement d'une année sans consommation de canette de bière, ou en l'absence de cotisation.
Article 6 - En toutes circonstances, un chevalier doit garder les canettes de bière au frais. Il ne devra pas souffrir qu'une bière reste tiède en sa présence et devra diligenter toute action jugée nécessaire pour rétablir la fraîcheur appropriée.
Article 7 - Assemblée
Tout chevalier qui a bu au moins quatre canettes de bière dans la soirée se trouve par la même en situation d’Assemblée. Il peut débattre avec tous les chevaliers présents de la situation de l'association et il a le droit de vote. Il peut amender la règle de l'Ordre à sa guise. La personne ayant bu le plus de canettes de bière devient le maître de l'Ordre. Le maître de l'Ordre peut diriger et présider l'Assemblée. Un chevalier présent lors de la promulguation d'un amendement de la règle de l'Ordre peut s'’y opposer. Le chevalier à l'origine de l'amendement peut alors en appeler au jugement de Dieu.
Article 8 - Jugement de Dieu
En cas de conflit entre deux chevaliers, ceux-ci procéderont à un jugement de Dieu. Ils boiront chacun une canette de bière jusqu'à ce que l'un d'entre eux abdique ses prétentions ou jusqu'à ce que Dieu le force à rendre la bière qu'il s’était présomptueusement cru le pouvoir d’absorber. Son adversaire est alors déclaré vainqueur.
Article 9 - Toute décision prise par l'Assemblée et dont elle se souviendrait doit être consignée dès que possible sur ce site web : http://www.alphaeridani.com/2008/03/rgle-de-lordre-de-la-canette-de-bire.html, en enregistrant la décision comme un nouvel article dont le numéro doit suivre le précédent.
Texte publié par Marmaduke le 16 décembre 2004 sur http://achernar.over-blog.com/article-34641-6.html.
Article 10 - En Allemagne, il est de bon ton de commencer la conversation en disant : « Zwei Bier, bitte »
Posté par Marmaduke le 16/12/2004 à 21:33:59
Article 11 - Tout chevalier de la Canette de Bière peut également se déclarer membre de l'Ordre du Saint-Goulot. Toutes les dispositions précédemment réservées aux canettes de bière s'appliquent alors aussi pour lui si la bière est disponible en bouteilles. Les frères de l'Ordre du Saint-Goulot sont automatiquement chevaliers de la Canette de Bière.
Posté par Marmaduke le 20/12/2004 à 00:12:49.
27 mars 2012, modification de l'article 2.
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