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La France et l’Europe ont-elles une stratégie pour l’intelligence artificielle?

Prise de notes d’un débat de l’Ifri autour de Cédric Villani, trois ans après la publication du rapport de mars 2018.

Dans le respect de la règle Chattam House, les noms des intervenants ne sont pas cités. Il s’agit ici d’une prise de notes sommaire, partielle, elliptique et, bien que la plus fidèle possible, certainement pas exempte d’erreurs.

*

L’IA a joué un rôle absolument mineur dans la gestion de la crise ; presque rien comme outil utile. Accélération de la digitalisation du monde, télétravail, résultats des entreprises numériques, -> boost supplémentaire au niveau de la constitution des outils d’IA. Note paradoxale : crise covid dans laquelle l’IA ne s’est pas illustrée mais dont elle ressort avec une énergie supplémentaire.

Qu’est-ce que l’IA ? On peut passer du temps à débattre de la définition. C’est un faux problème, le terme IA est mal choisi, on n’est pas en train de parler d’intelligence, on parle de techniques algorithmiques sophistiquées ; techniques qu’on aurait cru réservées à l’être humain et dont on voit à l’usage qu’elles peuvent être automatisées.

Il s’agit de rendre certaines tâches automatisables pour des questions d’efficacité, d’interaction avec l’humain. Le mot efficacité est bien plus à l’œuvre que les questions plus philosophiques. Une bonne partie des interactions consiste à déconstruire, dédramatiser, démystifier, souligner que l’IA est déjà sous-jacente à nombre de tâches banales aujourd’hui – algorithmes de recherche, sous-titrage automatique, chemin le plus court sur Google Maps. A chaque fois la frontière varie : « Dès que ça marche, on cesse de l’appeler IA [la technique]. »

Il faut raisonner sur les véritables enjeux. Les mots-clés du rapport étaient expérimentation, partage et souveraineté.

Expérimentation : le cas le plus spectaculaire est celui des réseaux de neurones, dont les experts dans les années 2000 disaient encore « ça ne fonctionne pas », ensuite ça marche mais on ne sait pas pourquoi ça marche, impuissance à savoir quel algorithme va fonctionner ou pas dans telle ou telle situation, blessure narcissique des chercheurs. Aujourd’hui on ne sait pas faire un robot qui balaye, mais on sait faire un robot qui diagnostique le cancer. L’expérimentation est coûteuse. Les apports de l’IA aux théories scientifiques restent mineurs.

Partage : partage de compétences, des métiers s’associent pour construire quelque chose, expériences interdisciplinaires, rencontre spécialiste métier et spécialiste IA, cheminement effectué ensemble avec une relation confiance, essais/erreurs et rétroactions. La mise en place de ce cadre est un enjeu plus important que trouver de nouvelles théories d’IA.

Souveraineté : quelles tâches on veut garder pour soi, quelles tâches automatiser ? Démarche tout autant scientifique qu’économique. Alimente des débats sur le partage des rôles entre public et privé, des questions culturelles (frappant : les solutions technos développées par des équipes françaises dans des concours internationaux se retrouvent au second plan dans la médiatisation là où les mêmes solutions, mêmes performances, de grands labos US se retrouvent tout en haut de la pile même dans les journaux FR -> ex sur le cancer du sein, qui fait la Une de la presse régionale FR, même chose en US : presse nationale) dans un monde où économie et culture sont extrêmement liées.

L’IA vient s’appuyer et se nourrit du savoir-faire de communication des acteurs. Débat qu’il faut rendre concret, sectoriel : IA santé (avance vite), IA environnement (lent), IA défense… Mettre en place bonne gouvernance à bonne échelle, bonnes infrastructures, bonnes pratiques de recrutement et de compétences.

Pendant de longues années, secteur dominé par la course à la matière grise, aux infrastructures de calcul et course aux données. Les US ont gagné. Montagnes de données via les clients, montagnes d’ingénieurs de de chercheurs, et de moyens de calculs. UK premier pays européen à développer une stratégie, FR ensuite. 3 ans après l’arrivée de ces stratégies : il n’y a pas eu de changement fondamental, il y a eu une prise de conscience indéniable. Il y a une tentative de rattrapage dans les 3 secteurs évoqués. L’Europe a pour autant beaucoup de mal à se positionner en concurrent crédible.

Grands enjeux de défense, façon dont l’environnement a du mal à s’appuyer sur l’IA pour amener à de meilleures pratiques écologistes, difficultés à faire bouger les lignes culturelles et des pratiques, de la gouvernance, des RH, questions de confiance entre les différents acteurs qui évolue lentement.

Évolution négligeable : éducation et formation. La recommandation était de tripler le nombre d’étudiants en IA. Base FR réduite de personnes très compétentes. A peu près rien n’a changé en la matière depuis 2018.

Q :

1.      Arrêter la fuite des cerveaux. Dans la littérature des think tank, le sujet est d’attirer les 765k personnes les plus intéressantes au monde. Autre point de vue, le sujet est moins qualitatif que quantitatif. Nouvelles recos pour progresser dans ce domaine-là ?

2.     Transparence des algorithmes. État des lieux 3 ans après ? Quel type de gouvernance ou d’effort de nature politique encourageriez-vous pour progresser sur la transparence des algos ?

R :

1.     L’Amérique s’est construite en attirant les talents et c’est très visible encore aujourd’hui dans les procédures d’accueil, les facilités à s’y installer… Accueillir l’étranger comme s’il faisait partie de la famille depuis toujours, le couvrir d’encouragements. Étage supplémentaire : il ne s’agit plus d’attirer dans la Silicon Valley mais dans la succursale européenne, ex Facebook IA Research Lab fondé par Yann Le Cun. 3 étage : avec le télétravail, ils peuvent travailler de chez eux.

En matière d’IA, ce qui a dominé c’est le nombre. Stratégie de recherche de domination mondiale façon massue. Côté US attirer les talents extérieurs, côté chinois mettre en avant les talents domestiques, ou faire revenir les talents partis à l’étranger, avec des salaires phénoménaux.

2.     Aucun obstacle en Chine sur la question du respect de la vie privée : territoire d’expérimentation inouï au niveau technologique. En Europe en 2018, les questions éthiques étaient encore un sujet. Aujourd’hui, convergence mondiale incontestable sur les questions des grands enjeux, principes et règles. La question d’une spécificité européenne en matière de règles n’est plus une question, c’est une question en matière de pratiques.

Ex : stratégie de données de santé FR vient percuter le problème de l’hébergement, par quel opérateur. Une plateforme US doit héberger les données de santé. La polémique qui vient derrière représente des mois et des mois de retard, juste pour la polémique. Ce genre de débats n’existe pas aux US ni en Chine. C’est un peu pareil au niveau de la recherche. On peut imaginer en revanche qu’on arrive à quelque chose d’efficace [sur les usages ?].

Le sentiment patriotique européen ne fonctionnera que s’il fonctionne à tous les niveaux. Europe qui facilite et met en réseau, tire parti d’une fierté européenne.

La confiance dans les algos, le sujet est éminemment culturel. Illusion de penser que la mise en place d’une instance résoudra le problème. Cas d’école avec les algorithmes contre le covid utilisés par le gouvernement. Les instances indépendantes ont conclu que c’était proportionné, sous condition (temporaire, etc.). Ça n’était pas suffisant pour le politique, le public, les chercheurs informatiques… Le logiciel n’a eu aucun rôle pour freiner l’épidémie, il n’a pas eu l’impact espéré, mais il n’y a eu aucune dérive, aucun problème sérieux de brèche de vie privée. Si inquiétude il y a, inquiétude il restera quelle que soit l’instance, c’est un sujet culturel. Sensibilité en FR et surtout GER aux données personnelles (Histoire…). Ça ne changera que sur une échelle de temps très lente.

Parcoursup a été construit à partir d’APB (même base algorithmique). Auditions à l’office parlementaire scientifique (reco : table ronde) : nécessité de gouvernance clarifiée, responsabilité politique. A chaque fois qu’on accuse un algo, un politique ne prend pas ses responsabilités ou se cache derrière l’algo. Exemple du tirage au sort dans les filières en tension. Le tirage au sort s’est imposé parce que l’équipe en charge de l’algo avait alerté le politique qu’il n’y aurait pas de solution, quel critère pour trancher ? -> le politique a échoué à donner un critère -> sans consignes, l’équipe décide du tirage au sort. La procédure précédente était viciée parce que les universités avaient accès à des infos qu’elles n’étaient pas censées avoir. Les universités ne sont pas censées avoir accès au classement des choix effectué par l’étudiant lui-même. L’équipe a prévenu le politique… L’enjeu n’est pas l’algorithme, l’enjeu est dans la gouvernance, qui décide, qui doit arbitrer.

 

Q : la confiance. Votre ressenti par rapport à la connaissance des parlementaires sur ces sujets ? Comment mettre en place les outils, de pallier ce manque de compréhension de l’IA ? on est dans le fantasme.

R : avant même le monde politique, il y a le monde économique aussi. Beaucoup à dire sur ces enjeux de confiance. Ex dans la santé possibilité pour les données de circuler entre hôpital, médecine de ville, remboursement Sécu. En pratique difficile. Dans le monde de l’entreprise parfois entre deux services d’une même entreprise les données ne circulent pas. Le poste de Chief Data Officer, différent du CTO : moins sur l’innovation, plus sur la confiance, mise en place de processus rigoureux pour convaincre de partager les données. La confiance, l’habitude de fréquenter les développeurs, les algorithmiciens, confiance dans les enjeux. Le monde politique n’est pas habitué à ça. Le parlement de 2017, renouvelé avec des profils tech, s’inscrivait différemment par rapport à ça. Familiarité de certains groupes, France Insoumise avec Twitch, certaines parties des écologistes, Parti Pirate.

 

Q :

1.       Vie parlementaire autour des techs : début septembre, rapport sur l’usage des technologies de sécurité. Ce rapport propose d’expérimenter la reconnaissance faciale dans l’espace public. Opinion ? Travaux de l’UE sur emploi de l’IA et bonne gouvernance pour différencier usages communs et usages à haut risques. Approche par les risques est-elle la bonne approche pour aborder la gouvernance de l’IA ?

2.       Enjeu de l’environnement. Comment concilier dev techno et appropriation des technos et injonction à l’écologie, à la réduction de l’impact conso énergétique ewaste etc., où placer le curseur et dans quelle mesure l’IA peut aider dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

R : notre interaction avec l’IA, l’outil

L’IA et sécurité, reco faciale, à travers la question de son utilisation, qu’est-ce qu’on veut ériger comme principes, ex règles interdisant photos dans un tribunal ou à la buvette des parlementaires. C’est quelque chose qui ne doit pas choquer, le fait de brider certains usages. Jacques Ellul, Ivan Ilitch : techno pas neutre mais peut avoir sa propre vie, s’imposer à nous et détruire. Toute techno trop développée pourrait aboutir à l’effet inverse à celui recherché [Wikipedia].

La reco faciale tombe dans cette catégorie. C’est ma position personnelle. Je suis favorable à ce que ce soit une technique qu’on s’interdise.

Le débat va venir sur la sécurité de façon forte dans énormément de sujets. Notre système cognitif humain est habitué à la reconnaissance faciale. On a aussi des outils de reconnaissance des mains. Mais vous avez des signatures qu’un algo peut reconnaître, qui sont fortes mais auxquelles nous humains sommes insensibles. Des technos de recherche vont enrichir la gamme de ce à partir de quoi on peut reconnaître.

Idée de décider en fonction des risques est bonnes : pb avec l’IA sont dans les usages pas dans la techno elle-même.

Pendant longtemps problème à concours : algo du choix (algo Netflix). 2017 année charnière, année à laquelle l’usage de l’informatique par smartphone a supplanté celui par ordinateur. Moment où le web s’invite près de vous.

L’IA peut avoir un effet positif ou négatif sur l’environnement. IA et prospective pétrolière… Sujet du côté de l’industrie numérique : recyclage (fort mauvais, difficile de séparer les composants) et sobriété. Questions de filières économiques qui n’existent pas. Questions de droits humains et économiques, influence géopolitique, Congo Chine zone Pacifique, pour les matériaux stratégiques. Enjeu énorme de réduction de la consommation et des usages.

Q : On parle souvent en Europe d’un manque de data (fragmentation du marché, protection des données). Solution : améliorer l’efficacité des data (data efficiency), « small AI » ?

R : Oui small data c’est une solution d’avenir. Dans un certain nombre de sujets on n’aura pas le choix, les données resteront parcellaires ou mal structurées. Ce qui fonctionne bien c’est qu’on a des grandes données bien structurées. Le monde a un peu mangé son pain blanc par rapport à ce genre de données. On voit les limites que cela peut avoir. Les intelligences humaines et animales sont très bonnes avec des petits jeux de données. Pour des questions énergétiques, de protection des données, tout ce qu’on pourra faire avec des petits jeux de données sera bon à prendre. Il s’agit ensuite de prendre acte de ce qui se fait, parfois de règlementer et d’interdire, s’appuyer sur ce qui existe. Partage entre le monde de l’entreprise et celui de la recherche. Ne pas sous-estimer les problèmes pratiques que cela suscite, embauches, accès à des jeux de données autorisé.

Q : outils : puissance normative, propriété intellectuelle. Les US et la Chine maîtrisent parfaitement ces deux outils. On a utilisation défensive de la PI, or IA et quantique ne sont pas environnement paisible, d’où des risques de prédation importants. On peut parfaitement obtenir un brevet sur un logiciel.

R : Il ne faut pas être naïf sur le respect chinois des règles de PI.

Pour moi les idées font partie du patrimoine de l’humanité et doivent se partager librement. Les brevets doivent être quelque chose qui permet à une invention de se faire, qui sinon ne se ferait pas. La protection des investisseurs leur permet d’agir.

Q : Cas d’Israël montre un petit pays qui utilise l’IA de manière importante.

R : IA sujet dans lequel la force va aux gros. Capitaux, données, RH, marchés économiques. Oui c’est pour les empires : nations et grosses entreprises. IA renforce plus ces inégalités qu’elle ne les aplanit. « Ai is the greatest inequalizer ever”, a dit un official asiatique.

Q : à Israël secteur de la défense joue un rôle très important dans l’innovation. Rôle du secteur de la défense ?

R : Top 5: US, Chine, UK, Canada, Israël. Israël a très forte appétence pour le numérique par la population et les institutions (Technium), grande culture de débrouille et de coopération interdisciplinaire (peu de pays aussi bons). Un officiel israélien : « notre département de maths est bien moins puissant que le vôtre, notre secteur santé bien moins puissant que le vôtre, mais quand il s’agit de mettre les deux ensemble on est meilleurs ». On l’a vu avec le Covid, accès aux données de santé par Pfizer, inimaginable en Europe occidentale. Formation inouïe : plus grande puissance occidentale quand il s’agit de former des spécialistes de cybersécurité. Cas emblématique d’Adi Shamir (casser le chiffrement d’un ordinateur en écoutant son bruit).

Q : Stratégie, thématique un peu guerrière. Faire face à la menace chinoise ?

R : Stratégie 2018 toujours d’actualité.

La question est celle du maintien de la formation : ne pas se faire prélever cette formation. [évocation du parcours international aux US] Je suis revenu. Sentiment d’être utile ou pas. La France a du mal à convaincre ses ingénieurs et chercheurs IA qu’ils peuvent lui être utiles ou pas. Bouger là-dessus va être extrêmement important. Attrait de la France : connexion à un écosystème européen, travail en échanges et partenariats, faire vivre une communauté.

Concernant la question éthique, il faut passer à autre chose. Les grands principes, règles ont été détaillés, convergence dans ce domaine. On court presque le risque inverse, que l’éthique soit un frein, cf Ivan Ilitch ça conduit à l’inverse du but recherché. Si trop de règles, l’expérimentation ne se fait pas, les solutions ne sont pas obtenues. Trop de protection tue le développement. Menace américaine plus importante : prédation de la matière grise. Menace chinoise : solutions apportant domination économique. Mon avis, c’est un Etat criminel avec Xi. S’ils se lancent dans des pratiques inacceptables, je le déplore mais vu du côté européen c’est leur affaire.

Défense, transfert très important dans les deux sens civil – militaire, c’est parti pour rester. Risque pour la défense, on doit cloisonner, risque de perdre le contact avec les algos les plus efficaces, nécessité d’avoir des individus qui jouent sur les deux tableaux, important de rester dans le pool de la R&D dans le domaine civil.

 

Europe: subject or object in the geopolitics of data?

I took these notes at the international workshop held on the 15th November 2018 by the Ifri think-tank in Paris.


Participant #1

  • geopolitical approach to data (as opposed to a GDPR-focused approach)
  • Ifri has published doctrinal research about the topic


Participant #2

  • Everybody is going for the “full stack”, from the infrastructure to the systems of engagement. It’s mature.
  • SAP CEO: “mix experience data with old data”
  • In Europe, imbalance created by the tension between support of citizens vs support of consumers.


DATA GEOPOLITICS: EUROPE BETWEEN THE UNITED STATES AND CHINA

Participant #3
Toward a transatlantic data war?

  • old battles eg Passenger Name Record, Safe Harbor, SWIFT/TFTP
    • civil liberty perspective

  • new fights ECJ/DPA, litigations, regulators

  • issues Privacy Shield, Shrems, Shrems II, Cloud Act, SWIFT weaponized by US vs Iran
    • Shrems (from Austrian activist Max Shrems) changes perspective -> ECJ voids Safe Harbor
    • going from high level negotiators to more actors (activists)
    • Privacy Shield replaces Safe Harbor but expected to disappear within 2 or 3 years
    • Cloud Act is response by the US to perceived difficulties in cooperation in criminal matters
      • some in EU want to use security agreements to leapfrog over privacy rules

    • New Battles over Financial Data: SWIFT (Belgium)
      • weaponized interdependence, panopticon effect, chokepoint effect
      • Iran 2012 vs Iran 2018 US imposes new unilateral sanctions, SWIFT complies

Participant #4
How China is envisioning its global strategy for data?

Chinese approach of data

National

  1. promoting sovereign definition of the Internet (there are a national and an international Internet)
    • 2017 Cybersecurity law
  2. WHO (?) perception, risk or opportunity?
    • what about social networks? Xi Jinping answer: opportunity! -> for it to support the system
  3. big data + social management
    • university research on how to make data useful in social management
  4. integrated and comprehensive approach of data
    • video surveillance etc.
    • social credit system to be complete by 2020
  5. meaning of data privacy is different from US/EU definition
    • more data protection than data privacy
    • more business-friendly and concern about misuse from the private sector
International

  • positioning itself as a solution provider for data infrastructure: cloud computing, sea cables, etc.: heavy investment for assymetric catch-up, wants to overtake US as 1st cyber power by 2050
  • solution provider for data management
    • eg smart cities, viewed as “safe cities” (no crime) with reliance on facial recognition
    • solution vs “terrorism”
  • ambition of cyber dominance
    • developing CIPS (Chinese SWIFT)
    • training (Africa)
    • describes strategic triangle China / US / EU, says US is misbehaving, has a seduction strategy with the EU
  • conceptual gap
    • greater between China and the West than between US and EU
    • China positions itself as an ethical actor (tactically?)
    • many references to Cambridge Analytica: “China manages better”
    • Viet-Nam copies Cybersecurity law


Q. Participant #5

Weaponization of the GAFAM?

Participant #3: Eric Schmidt after Snowden: “extraordinary disaster”

They do not want to be perceived as tools. They have a lot of autonomy to police their users.

Putin: Internet “a CIA plot”.

GAFAM not directly weaponized but their business models are uncomfortable for some regimes.

Google more responsive to Chinese government than to US one.


Q.

Privacy Shield

Participant #3: The Shrems case is the explosive one. If: “Facebook does not comply with the GDPR”, could oppose business models with user data sold to customers


Q. Participant #6

GAFAM/BATX

Participant #4: big companies in China need Party cells within the company

big companies not so much involved in politics

tension between attractivity vs closeness to the Party


Q Participant #7

What about second rank actors: India, Japan, Russia, etc.?

Participant #4: the US/EU/China triangle is proposed by China.

Participant #2: you might see conflicts around smart cities.

Participant #4: Nice is developping smartness with Huawei.


Q Participant #8

SWIFT

Participant #3: SWIFT is already here and a European institution. The question is, do you build around SWIFT and drag it away from the US, or do you build a different system? There is far greater US/EU integration (unlike with China).

The system to trade with Iran might be the seed of another system, but no state wants to host the siege, by fear of US retaliation. This is an interdependent systems vs disentanglement conflict.


Q Participant #1

What sort of retaliation from the US could we expect?

Participant #3:

  1. applying sanctions vs banks and individual bankers
  2. denying access to the dollar clearing system to EU banks

However, it would push the EU away from the US.

Within the EU there is a debate about administrative defense. The courts are going to defer to OFAC (Office of Foreign Assets Control). The companies do not fight fines. There is an ongoing challenge to the OFAC (Exxon case).


Q Participant #1

The EU has 17 regimes of sanctions. The policy of sanctions is the main policy tool.

Is there a loss of efficiency?

Does China have a sanctions policy?

Participant #4: China has a policy of gifts and sanctions.

e.g. when South Korea put an anti-missile system, there were Chinese sanctions on South Korean companies, and less Chinese tourists.

e.g. when there was a transfer of military equipment via Singapore to Taiwan, Singapore was blamed and disinvited from event



LEVERAGING EUROPEAN DATA AMBITIONS

Moving into data economy, AI is the key tech.


Participant #9
Beyond GDPR: Can Europe articule a ‘Data Sovereignty’ policy?


The challenge:

  • GAFA dominated
  • GDPR
  • weak startup ecosystem
  • high fragmentation


The mega-challenge:
  • merging of Cloud and AI on big platforms

The opportunity:

  • market: most attractive worldwide
  • talent: data scientists, STEM expertise, EU trains twice as many engineers, scientists than US, need to keep talent in EU
  • innovation: DeepMind (ex-UK), Kuka (ex-Germany), Blablacar…
  • data: IoT, health, energy, mobility, smart manufacturing
  • cooperation: standards, joint ventures

Approaches:

  • technical: federated AI, decentralized approach, “edge computing” (machine learning in the car)
  • government open data: public sector open data, open access to research data, competition policy: “open corporate data”, dominant market players forced to share with competitors
  • cooperative, data pooling:
    • cooperation beats fragmentation
    • data marketplaces
    • technical standards and quality assurances
    • high priority in French and German strategies
    • little actions unfortunately, incentive problems
    • own research: found 54 data pooling platforms so far. 30% are data marketplaces (50% research 50% business) - is looking for people to work on data pooling (researching, building)


Participant #10
Artificial intelligence: a game-changer for Europe's data-policy ambitions?

US: most AI papers, patent applications, AI workers (⅔)

2017 Chinese investment in AI half of the world’s

3 options

  • lament about EU indecisiveness, digital colonialism, risk to get out of History
  • regulate AI rather than govern it
  • acknowledge that AI is not immune from geopolitics, eg Brexit, French Chinese AI cooperation, Transatlantic relationship

Finland creating open standards

France focus on ethics of the government policy document

state policies towards US:

  • containment policy (China, Russia, etc.)
  • critical cooperation (France, etc.)

Narrative of finding a Third Way in Europe.


Q Participant #1

What is the importance of the Chinese market for the German industry. P3 or France/Germany? is there a debate in Germany?

Participant #9: we are heading towards a data war with China. That party (German cars sold in China) is going to end. Germany is more aligned with the US (in China, there are Communist officers in corporations). China wants to move up in the value chain. China has the long term view. After three or so years, things will get complicated. There is Chinese outreach in Eastern Europe.


Q Participant #1

The Villani AI report: policy is “sovereignty of the EU as champion of ethical and sustainable AI”

Participant #10: is ethics the only EU advantage? beautiful speeches, but risk of being squeezed


Q M.H

The German robotic company Kuka was bought by China. How to avoid the next Kuka?

Participant #9: in Berlin they want to lower the threshold to inform the government about foreign direct investments (FDI) from 20% to 10%. There is more awareness and concern.

The SDP leader set a group to think about data monopolies. Her intent is to publish a proposal in early 2019.


Q Participant #4

Participant #9: Huawei is a partner of Deutsch Telekom. There is a pushback. It is a dicey situation.


Participant #11

national mechanic, Germany faced with Chinese acquisitions

Regarding Kuka, in early 2019 Commission draft, EU projects screened


Q Participant #12

GDPR needs to be connected to economic development

same pattern with AI (explainable AI)?

Participant #9: I have a problem with the word ‘sovereignty’: economic interest, individual control of data, we the sovereign make the rules

sovereignty differs from control, ownership

then we should invest in explainable AI

market power: the people who control the tech set the standards

ethical AI: let’s build it!


Q Participant #13

AI war links a lot of items

which data shouldn’t we open at any cost?

what is the core of sovereign data?

Participant #2: It is impossible to define which data is sensitive. The AI (use of data) is about what questions you want to answer. You need a big pool, you don’t know the questions in advance. Hence AI rather than data requires an ethical framework.


Q Participant #14

It’s not only a mechanical problem, it is a cultural conflict. The Chinese are subtle in their approach.


Q Participant #15

Governmental approach: we want quantitative facts, objective approach, no ideology. What are the threats -people, states, entities. Then, what is the target? Energy is THE critical issue.

Actions: coproduction of different tech levels. Nice act, cyber centre? How to accelerate those tools?

Participant #3: not to pool everything: data with supply chain, logistics; companies share to optimise

The EU is on the right track. For trust you need regulations. How do we have trust, mechanisms to create trust, rather than abstract ethics?

Nobody’s waiting for Europe.


Q Participant #5

Does Europe have ambition?

Participant #10: Not to be strictly on a defensive stance.


See also:

https://www.ifri.org/fr/publications/notes-de-lifri/europe-objet-de-geopolitique-donnees
https://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/184000159/index.shtml
https://www.dw.com/en/germany-launches-digital-strategy-to-become-artificial-intelligence-leader/a-46298494
Of Privacy and Power, Henry Farrell (George Washington University)

Edited to comply with Chattam House Rule.

Le journalisme peut-il aider à réinventer la démocratie ?

Un débat s'est tenu sur ce thème le 9 décembre 2011 au Celsa, à l'occasion du trentième anniversaire de la section journalisme de cette école des métiers de l'information et de la communication.

Michel Boyon, président du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) ainsi que du conseil d'administration du Celsa, note que la démocratie française est médiatisée, avec ce que ça implique de goût pour l'immédiateté et la petite phrase.
Il exhorte les étudiants à rechercher la rigueur de l'information, citant en exemple la "reprise par deux chaînes nationales, lors de manifestations en Guadeloupe en 2009, d'images  montrant des policiers qui tirent ; images en fait récupérées sur le net et provenant en réalité de Madagascar".

Voici quelques unes des idées fortes exprimées dans la suite du débat :
- le journalisme forme les croyances, fonction essentielle pour la démocratie, système fondé sur l'incertitude ;
- face à la compétition numérique, l'arme principale du journaliste est son sérieux ;
- il faut avant tout recouper les informations ;
- le souci est peut-être autant local (manque d'indépendance) que global ;
- les journalistes doivent tenir une conversation avec les consommateurs de contenu - citoyens, et ce alors qu'Internet n'est pas la panacée démocratique ;
- nous vivons une période de transition où un modèle reste à inventer.

1. "La société démocratique est, fondamentalement, livrée à l'incertitude."
Myriam Revault d'Allonnes, philosophe, définit la démocratie comme une "forme de société, une expérience, un horizon de sens" qui englobe à la fois "pratiques de pouvoir" et "expériences subjectives".
La caractéristique fondamentale de la démocratie est le doute : "l'expérience démocratique moderne est habitée par le doute et l'insatisfaction". En conséquence, le débat public est une notion cruciale.
Ce débat engage une opinion publique tiraillée entre la volonté de "penser par soi-même" et le "mouvement d'alignement sur l'opinion commune".
M.R.d'A. invoque Tocqueville, qui s'interrogeait sur la source des croyances dans une société mouvante. En démocratie, on répugne à reconnaître en quiconque une grandeur. Conséquence : "la tyrannie du nombre fait autorité et accrédite les croyances."
On comprend ainsi que démocratie et journalisme vont de pair.

2. Le sérieux de l'information face à Internet
Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l'Express, est le premier à mentionner Internet, qui ne figure pas dans le titre du débat mais dont les mutations qu'il impose à l'économie de l'information ne peuvent être esquivées. Ses travers, connus, sont les "dictatures de la transparence et de la rapidité" : il faut publier le plus vite possible.
La règle suprême, cependant, doit demeurer celle du sérieux de l'information. C.B. cite comme exemple une enquête menée par la rédaction de l'Express suite à la publication d'une fausse note de renseignement.
La première contribution du journaliste, donc, est celle de la vérité, "factuelle" comme "de caractère". Le journaliste, dont l'article est commenté sur Internet, en vient à organiser la controverse avec cette interactivité du réseau.

3. De la modestie et des faits
Bérengère Bonte est journaliste à Europe 1. Pour elle, imaginer que le journalisme doit réinventer la démocratie est "présomptueux" et c'est une attitude qui a "plombé le métier". Il faut "de l'humilité" et revenir à l'essentiel : "livrer des faits" et les "recouper" (règle n°1 face au syndrome du copier-coller).
Elle ne nie cependant pas que la démocratie est imparfaite. Elle cite un passage de son livre Dans le secret du conseil des ministres, évoquant la façon dont Gérard Longuet s'est fait renvoyer "dans ses cordes" par Nicolas Sarkozy lorsqu'il a tenté par deux fois d'exprimer une opinion négative à propos de la prime "contre les dividendes" du printemps. C'était pour elle une démonstration qu'"il n'y a pas de débat politique au sein même du pouvoir".

4. Face au manque d'indépendance, le besoin de vigilance
Roland Cayrol, conseiller du CSA, est un ancien sondeur. Il évoque le classement des professions les plus déconsidérées, au fond duquel journalistes et hommes politiques côtoient prostituées et banquiers. Les personnes sondées reconnaissent des qualités aux journalistes : ils sont "compétents, intelligents et courageux". Mais "ils manquent d'indépendance".
R.C. exhorte le public : ''soyons vigilants, sourcilleux, ayons le réflexe citoyen". Il cite en exemple ses soupçons sur le supplément "M" du Monde, disant qu'il "se pose des questions".
Pour R.C., la qualité de l'information baisse. La preuve en est qu'on parle de "mode du fact-checking" : "les pure players découvrent le concept".

5. La réalité inquiétante d'Internet : les gens ne vont pas y chercher des remises en question
Stephen Shepard dirige une école new-yorkaise de journalisme partenaire du Celsa.
En ce qui concerne le manque d'indépendance du journalisme, il évoque le mouvement américain pour la "news literacy", avec des professeurs qui enseignent à consommer des médias avec un esprit critique.
Il exprime l'idée que les problèmes démocratiques sont encore plus évidents aux États-Unis mais juge "absurde" de vouloir "réinventer la démocratie". En revanche, il se dit convaincu que "le journalisme est en train d'être réinventé". L'ancien rôle, celui de "gatekeeper" de l'information, est révolu. Le produit du journalisme est remplacé par un processus de journalisme, avec une conversation entre producteurs et consommateurs de contenu. "La rue est désormais à deux sens" et le journalisme est plus démocratisé.
Pour S.S., Internet est en théorie un outil démocratique, mais la réalité est inquiétante. Les gens vont chercher sur Internet ce qu'ils croient déjà, ils n'y vont pas pour avoir une conversation.

6. "L'ancien truc est cassé et le nouveau n'est pas encore là."
Un membre du public prend la parole pour citer les résultats d'une étude menée il y a quelques temps par le cabinet Technologia. Il y aurait 37.000 journalistes en France, dont beaucoup ne gagnent pas leur vie. Le modèle qui permettrait de stabiliser les choses n'existe pas encore.

Les années 2010 seront donc encore des années de transition, à la fois dangereuses et excitantes. Il n'est plus possible de fonctionner comme dans le passé. Christophe Barbier, patron de presse à l'agenda chargé, l'admet : "on ne peut plus fonctionner dans un embouteillage, dans un entonnoir, avec des arbitrages". Il imagine un futur journaliste indépendant, se livrant à une activité à son compte tout en traitant avec une rédaction non plus sur la base d'un emploi classique, mais d'un contrat de gré à gré. Sa vision est donc celle d'un journaliste de plus en plus autonome et responsabilisé.
Pour Stephen Shepard, nous ne sommes pas dans un monde où il faut choisir entre vieux et nouveaux médias ; il y a plus de journalisme actuellement qu'avant.

En plein dans le sujet, notons le blog Fil Rouge 2012 que les étudiants en journalisme du Celsa consacrent aux campagnes présidentielle et législative de 2012 [edit: lien mort enlevé].

Légitimation ou délégitimation des figures du pouvoir

Un débat sur ce thème a eu lieu lundi 21 novembre au Celsa, école des métiers de l'information et de la communication dépendant de la Sorbonne. Le compte-rendu décousu qui suit ne prétend ni à l’exhaustivité ni à la reproduction texto des propos tenus ; les commentaires et corrections de points sont bienvenus.
Pour Jean-Pierre Beaudouin, l’animateur, le thème s’est imposé comme une “évidence”. A titre personnel, je pense qu’on peut pointer du doigt à la fois l’actualité française (scandales politiques) et internationale (scandales économiques).


Michèle Cotta (représentante du monde des médias)
La journaliste politique considère qu’il y a en ce moment un jeu de massacre, en grande partie mené par la presse, qui concerne le pouvoir en place comme l’opposition. Les meneurs de ce jeu ont changé : “Auparavant, on trouvait l’information le matin à la radio et l’après-midi dans Le Monde. Maintenant, on la trouve le matin dans Mediapart, puis dans les éditoriaux, puis dans Le Monde.” Or la presse électronique, pour M.C., bénéficie de plus de contacts, mais ne vérifie pas assez ses sources.

Délégitimation dans les entreprises ?
La revendication d’égalité ne touche pas les capitaines d’industrie. La légitimation oligarchique et héréditaire, nulle en politique, est très importante dans l’économie. (Des héritiers-dirigeants sont cités en exemples.)

Arrivons-nous au bout de la démocratie ?” Michèle Cotta confesse que, par le passé, elle imaginait l’avènement des experts. Ce n’est pas du tout arrivé : au contraire, chacun veut avoir son mot à dire, y compris sur ce qu’il ne connaît pas. Il y a 40 ans, à la rédaction de L’Express, M. C. ne tenait pas compte des lettres de lecteurs, “des dingos”. De nos jours, les sites web leur offrent des tribunes et les réactions du lectorat font l’objet de débats internes.
Nous avons sous-estimé le pouvoir d’Internet : il y a une déstructuration de notre mode de vie.
Il y a une crise de la démocratie. Le mythe de la démocratie directe est ravageur pour la démocratie représentative.

Comment faire face à cette crise de légitimité ?
Tout dépend du niveau de vie.” M.C. pense que la grande remise en cause de la légitimité des figures du pouvoir découle d’un abaissement du niveau de vie. Si un transfert de richesse de l’Europe vers ailleurs se produit, elle est pessimiste sur la légitimité future de ses dirigeants.


Xavier Huillard (représentant du monde des entreprises)
Délégitimation dans les entreprises ?
Le PDG de Vinci, un groupe qui vit des dépenses publiques, s’est concentré sur la (dé)légitimation des figures du pouvoir économique. Il y a pour lui une “crise de confiance” qui n’exclut pas une certaine schizophrénie, les Français soutenant leur employeur tout en étant prompts à dénigrer l’entreprise d’en face. Par ailleurs, “tout le monde touche à tout et donc il y a une délégitimation de tout le monde.” Ainsi, tandis que le monde associatif adopte des règles issues du monde économique (entrepreneuriat social), la “porosité entre les sphères du pouvoir” se traduit par des épisodes comme celui de la “prime à mille euros”, alors qu’il juge les hommes politiques illégitimes sur ce terrain.

Il refuse une confusion des genres, donc, mais invoque les mânes de Ford et consorts pour rappeler que l’entreprise, historiquement et par vocation, appartient à plus que juste ses actionnaires, même si seuls ceux-ci peuvent voter. En fait, les “écosystèmes” dans lesquels évoluent les dirigeants sont devenus si complexes que l’énergie de ceux-ci est dépensée à les comprendre au lieu de construire du sens, de l’utilité publique pour les entreprises.
Ses recommandations :
- les entreprises doivent communiquer sur leur projet ;
- on ne peut pas tout diriger du sommet, il faut promouvoir l’autonomie.

X.H. promeut la transparence comme antidote contre le risque de prise de grosse tête des dirigeants (“je suis un génie”). Mais il se méfie aussi des risques liés au fait de s’exposer. Sa règle de conduite est de jouer la transparence de base sur tout, et de procéder par exceptions raisonnées.

Comment faire face à cette crise de légitimité ?
Une bonne organisation, c’est de la cohérence, de l’autorité et de la responsabilité.
Il y a un développement irréversible des partenariats public / privé”, explique le patron d’un des plus grands groupes mondiaux de bâtiments - travaux publics : “Il faut mener une réflexion sur le partage du pouvoir, sur la légitimité, et éviter la nostalgie du passé sur le partage des rôles.


Raymond Soubie (représentant de la sphère politique)
Cet ancien conseiller de Nicolas Sarkozy rappelle que “la légitimité, c’est la conformité à l’ordre des règles préétablies”. De ce côté-là, “pas de problème : le pouvoir respecte les règles”. En revanche, il diagnostique une perte de reconnaissance des institutions politiques et d’entreprise. Le problème est pour lui cette absence de reconnaissance. “Les Français considèrent qu’ils ne croient plus au projet politique et aux entreprises.
Par ailleurs, “les enquêtes montrent qu’il y a dans le management une impression de solitude, du désarroi, une déconnexion face à la complexité des systèmes où on se perd”.
C’est la même chose en politique. Il y a un décalage entre les promesses que les hommes politiques font pour être élus et la portée de leurs responsabilités. Les hommes politiques, en soulevant ces attentes, “creusent la tombe de leur délégitimation”.

Or, avec Internet, “n’importe qui peut dire n’importe quoi. Tout le monde est sur le même plan. Tous les coups tordus sont possibles, et l’homme politique court après les rumeurs.
En conséquence, il y a deux sortes de transparence. La bonne, c’est la déclaration d’intérêts des responsables. La mauvaise, c’est la transparence absolue.

J.-P.B. tente une synthèse ce que dit R.S. : “Les décisions sont de moins en moins personnelles et le pouvoir de plus en plus solitaire.

Les recommandations de R.S. :
- Il ne faut pas de contestation trop forte du système.
- Il faut permettre aux gens de s’exprimer (plutôt que de faire ce qu’ils disent).
Le jeu de la démocratie est mortel pour celui qui s’y livre.” R.S. adopte la posture de l’homme politique qui tire une légitimité de l’Histoire plutôt que du peuple : “Je réalise mes objectifs, tant pis si je suis jugé froid. Je serai légitimé après par l’action que je vais mener.

Comment faire face à cette crise de légitimité ?
R.S. propose d’accomplir quelques actes symboliques pour les valeurs affichées et de donner la parole aux gens pour qu’ils s’expriment.


Simon Goldsworthy (représentant du monde universitaire)
Ce professeur en relations publiques à l’université de Westminster a mis un bémol aux charges contre les médias et a appelé les figures du pouvoir à avoir le cuir un peu plus dur : “Les hommes politiques ne sont pas les derniers à lancer des rumeurs, ce ne sont pas des victimes.” D’ailleurs, “qui vit par l’épée meurt par l’épée” : en choisissant par exemple d’exposer sa famille, on en fait un objet médiatique valable.

Les relations presse (RP) ont, ironiquement, un problème d’image. Mais les gens détestent Ryanair tout en devenant massivement ses clients. L’industrie des RP emploie beaucoup plus de monde que les médias et fournit la majorité du contenu médiatique. Tout le monde utilise les relations presse, y compris les organisations non-gouvernementales.

S.G. évoque le manque d’intérêt des jeunes pour la politique. Il mentionne les ressemblances entre les partis politiques, dont les programmes sont passés à la moulinette du marketing. Il mentionne aussi que les problèmes de notre temps n’ont pas fait l’objet de débats publics avec votes, qu’il s’agisse de la façon de répondre au terrorisme, de la guerre en Irak, de la crise financière, etc. “Nous élisons des gens pour leur capacité à répondre aux crises futures. Examiner de près ces hommes est donc légitime.

Comment faire face à cette crise de légitimité ?
Pessimiste, S.G. cite George Orwell : “If you want a picture of the future, imagine a boot stamping on a human face -forever.” “Ces choses vont continuer à faire partie du paysage.



Deux questions
Quid de l’exemplarité ?
R.S. Pour l’homme politique, c’est se surveiller pour ne pas se retrouver dans les feuilles de chou. C’est aussi ne pas gagner trop d’argent. Cela se traduit par des gestes symboliques assez forts et assez simples.
M.C. Cette exemplarité est à définir, à border.
S.G. Au Royaume-Uni, les hommes politiques, bien qu’enthousiastes, ressemblent de moins en moins à la majorité de la population, elle-même désengagée en politique.

Un Autrichien installé en France depuis une dizaine d’années, professionnel des relations presse : “La démocratie française n’est plus exemplaire, elle est devenue une oligarchie politique, sans séparation des pouvoirs. L’Allemagne est plus fédéraliste ; il y a beaucoup plus de personnes qui décident. Par exemple, en France, une cinquantaine de personnes ont fait le choix du nucléaire à eux seuls.
R.S. La classe politique est méritante, elle fait un métier difficile.
M.C. Il faudrait se pencher sur le fonctionnement des institutions, “revoir la pyramide”.


Réflexions
J’ai cru sentir M.C. exprimer un désarroi de voir contestée une élite d’experts. Le monde est certes complexe. Mais ces experts d’une autre génération donnent l’impression d’être dépassés par Internet et par les possibilités d’expression que celui-ci offre à une population beaucoup plus éduquée qu’il y a des décennies, lorsqu’ils firent leurs débuts.
X.H. semblait prendre en compte cette impossibilité à prétendre pouvoir tout faire et tout comprendre tout seul au sein d’”écosystèmes complexes”, d’où son appel à promouvoir l’autonomie des employés au sein de l’entreprise.
En même temps, s’il y a un rejet des figures du pouvoir, ce n’est pas par insoumission stérile des “n’importe qui” et autres “dingos”, mais parce que ces personnages ont failli dans leur expertise. Ils se sont trouvés pris au dépourvu par des phénomènes qui n’ont rien de mystique, comme les crises financières. Le fait que “personne ne comprenait les produits bancaires dérivés” qui ont frappé au coeur la croissance mondiale est-il un argument recevable ? (M.C. a eu un moment “It’s the economy, stupid!”, et le mouvement des “Occupy / 99%” qui symbolise récemment la critique du pouvoir met beaucoup l’accent sur les injustices économiques.) Comment être un expert quand on échoue à ce point ? Quand on est à la fois inefficace et qu’on fait preuve d’un manque d’éthique, “l’expertise” n’est qu’une qualité qu’on s’octroie pour discréditer ses interlocuteurs. Elle devient une sorte d’argument ad hominem, “vous n’êtes pas un expert, donc vous ne devriez pas avoir droit à la parole”.
Pour autant, M.C. fait preuve d’une certaine réflexion critique, en contraste avec l’anti-démocratisme assumé de R.S., dont la plupart des propos m’ont atterré. J’écris cela en 2011 et les mots de R.S. auraient peut-être pu être tenus en d’autres temps par le général de Gaulle, géniteur d’une Ve République taillée pour des hommes cabrés sur leurs convictions plus qu’adeptes des débats constructifs des agoras. Le rôle des processus démocratiques semble plus être pour lui de maintenir la paix sociale, de promouvoir le dialogue comme si on donnait un nougat, que de contribuer aux décisions. A mon sens, cela relève d’un orgueil tout sauf "efficient". Pour moi, ce n’est pas seulement la légitimité qui vient de la collectivité, mais aussi la réponse, les réponses toutes faites d’un individu étant surclassées par la complexité des questions.