L'ambition de tout soldat nojjyrien est d'accéder un jour au noble statut de membre de la Garde Blanche. C'est la gloire assurée : la foule respectueuse et craintive s'écarte devant ces êtres d'élite. La flamme bleue qui habite les yeux de ces immortels héros glacés ferait d'ailleurs reculer un barbare de Rocaille. Un Garde Blanc est invulnérable aux armes normales, ne ressent plus le besoin de manger et est insensible au froid. Son sens du devoir n'est plus gêné par des sentiments comme la pitié ou la peur. Enfin, suprême privilège, il a le droit de parler au Roi, quand la douloureuse transformation qu'il a subie n'a pas trop altéré son esprit et sa raison.
Écrit en 1992 et publié par Shadrack le 9 février 2005 sur http://achernar.over-blog.com/article-102587.html.
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Le peuple parti
Sur Ank-Rot, le Plateau Bleu, avait jadis vécu un peuple civilisé mais d'apparence monstrueuse. À son déclin il vivait reclus, méditant dans les ténèbres souterraines et ne sortant que pour contempler les étoiles lorsque la lune était couchée. Une nuit, une sorte de feu d'artifice éclata dans le ciel. Le matin suivant personne n'entendit le mugissement habituel du vent qui s'enfonce dans les couloirs. Ce peuple avait disparu. Il a érigé deux grandes cités enfouies où vivent encore ses œuvres mécaniques.
Écrit en 1992 et publié par Shadrack le 22 janvier 2005 sur http://achernar.over-blog.com/article-70699.html.
Écrit en 1992 et publié par Shadrack le 22 janvier 2005 sur http://achernar.over-blog.com/article-70699.html.
Les Vlorges noires
Un jour, il n'avait pu résister. Il s'était senti attiré, appelé. Comme dans un rêve éveillé, il s'était vu ignorer l'avertissement gravé par les Anciens, franchir le cercle tabou des pierres jaunes, être happé par la gueule déchiquetée de la Caverne Interdite. Il se souvenait avoir marché des heures dans l'obscurité sèche et morbide d'un labyrinthe silencieux. Enfin, il les avait vues sur leurs trônes de verre opaque, filaments ténébreux revêtus de poussière, paupières écrasées, bras flétris et longues langues moroses. Les Vlorges Noires. Les langues avaient claqué et elles avaient parlé. Elles voulaient s'échapper de leur prison. Elles voulaient retourner dans leur monde. Elles lui expliquèrent tout, patiemment, gentiment. Puis il s'endormit.
Il se réveilla dans son lit, l'esprit embrumé, le corps fiévreux et fatigué. Il courut à la Caverne Interdite : les pierres sacrées qui retenaient dans leur antre les êtres sombres avaient été renversées. Il regarda ses mains. Une fine pellicule de poussière jaune était visible à certains endroits. Il crut entendre un remerciement, un murmure qui, durant un voyage extrêmement long, se serait glissé entre les plans d'existence pour enfin aboutir dans le creux de son oreille. Il repartit, l'âme chargée de pressentiments.
Écrit en 1992 et publié par Shadrack le 22 janvier 2005 sur http://achernar.over-blog.com/article-70253.html.
Il se réveilla dans son lit, l'esprit embrumé, le corps fiévreux et fatigué. Il courut à la Caverne Interdite : les pierres sacrées qui retenaient dans leur antre les êtres sombres avaient été renversées. Il regarda ses mains. Une fine pellicule de poussière jaune était visible à certains endroits. Il crut entendre un remerciement, un murmure qui, durant un voyage extrêmement long, se serait glissé entre les plans d'existence pour enfin aboutir dans le creux de son oreille. Il repartit, l'âme chargée de pressentiments.
Écrit en 1992 et publié par Shadrack le 22 janvier 2005 sur http://achernar.over-blog.com/article-70253.html.
Batashir
La Suintante, la Boucle de la Ceinture du Chaos, tels sont les titres de Batashir, ville infestée de vermine, ville puante et maléfique ! Dès son origine Batashir fut consacrée aux Forces Corruptrices. De là s’écoulaient jadis les Hordes Chaotiques sur le monde. Il fallut mille ans de guerre et la volonté des dieux pour réussir à sanctifier les murailles de Batashir, emprisonnant le Mal. Mais le Temps Corrupteur les a fragilisées, et, deux millénaires plus tard, le Chaos s’échappe à nouveau, lentement, de Batashir. Il suinte par les fissures de ses murs et représente une menace croissante pour la région entière.
Texte écrit en 1992 et publié par Shadrack le 27 décembre 2004 sur http://achernar.over-blog.com/article-41924.html.
Texte écrit en 1992 et publié par Shadrack le 27 décembre 2004 sur http://achernar.over-blog.com/article-41924.html.
L'Empire Englouti
Des trois Tours Noyées, Sarda et Mordana sont les moins majestueuses. Elles n’ont pu résister à l’invasion des vorvors, toujours avides de nouvelles possessions. Seules les sépultures royales n’ont pas été pillées, autant par respect de l’art que par crainte d’en voir surgir quelque spectre vengeur. Les murs des chambres mortuaires, depuis des millénaires, résistent à l'eau qu’y déchaînent parfois des prêtres pillards ayant réussi à traverser la zone interdite. À chaque strate d’une tour correspond, comme au temps de l’antique Aquilonie, un statut hiérarchique précis. Le nariac Falob le Hideux réside ainsi à la base de Mordana, où il tient prisonnier le bariac de Sarda, attendant une rançon. Les gens du commun, tels que les marchands ou les étrangers de passage, habitent généralement les plus hautes strates, à la limite du Monde Interdit. L’activité commerciale est concentrée dans ces niveaux où rôdent voleurs et vagabonds. Les bijoutiers et autres receleurs de Sarda sont célèbres jusque dans le Monde Interdit, forts de l’héritage du Temps des Pillages.
Ancrée dans la fosse abyssale de la Mer Maudite d’Astralisto, Aquila s’élève infinie colonne, surpasse les montagnes, domine les flots et s’élance vers les cieux. D’effilés vaisseaux vorvors y maintiennent une inlassable surveillance, des vaisseaux dépourvus de toute substance de vie. Ce sont les pillards venus jadis chercher les richesses de la Tour Baignée, mais ayant trouvé une toute autre sorte d’accomplissement que celui rêvé, qui constituent les équipages squelettiques. Mues par les sombres ressorts de la damnation, ces cohortes silencieuses sillonnent sans relâche les eaux qui entourent l’immense édifice.
Texte écrit en 1992, publié par Shadrack le 25 décembre 2004 sur http://achernar.over-blog.com/article-41257.html
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Ancrée dans la fosse abyssale de la Mer Maudite d’Astralisto, Aquila s’élève infinie colonne, surpasse les montagnes, domine les flots et s’élance vers les cieux. D’effilés vaisseaux vorvors y maintiennent une inlassable surveillance, des vaisseaux dépourvus de toute substance de vie. Ce sont les pillards venus jadis chercher les richesses de la Tour Baignée, mais ayant trouvé une toute autre sorte d’accomplissement que celui rêvé, qui constituent les équipages squelettiques. Mues par les sombres ressorts de la damnation, ces cohortes silencieuses sillonnent sans relâche les eaux qui entourent l’immense édifice.
Texte écrit en 1992, publié par Shadrack le 25 décembre 2004 sur http://achernar.over-blog.com/article-41257.html
Achel Kekim
C'est à quelques lieues d'Aurromeinitobas, sur un chemin pierreux et sec, que commence l'histoire d'Achel Kekim, une histoire souvent trouble, parfois sanguinaire, et invariablement étouffée par la légende, l'injuste légende.
Achel Kekim marche à grands pas sur la terre chauffée par le soleil de midi. Il est grand, massif même. Il est vêtu de simples frasques - peut-être un marin ou un apprenti. Son visage carré, sa mâchoire épaisse, son front dégagé, ses larges tempes augurent un caractère ferme. Son teint est clair. Son nez, fin mais quelque peu tordu. Son oeil droit est étrangement renfoncé, il regarde. Son oeil gauche est plus avancé, méchant. Il regarde aussi. Sombres, sans couleur précise, ses yeux sont déplaisants, troublants. Ses cheveux courts sont noirs, et sous le soleil ils s'agitent fiévreusement. Sa bouche fine et dépourvue de lèvres s'épanche sur la gauche en un rictus d'indifférence. Son cou est très large.
Des buissons épineux débordent sur le chemin. De loin en loin, de grands arbres solitaires escortés de broussaille paissent en bruissant tranquillement. Des souffles tièdes épars dansent au ras du sol. Le ciel est bleu.
Achel Kekim s'arrête. Seul, il songe. Il ne se souvient que de deux choses, de son nom et d'un visage qui sans cesse martèle son esprit, une face cruelle, tourmentée, triste, sardonique, moqueuse. Il ne reconnait plus le soleil, et il ne sait pas pourquoi il marche. Sous le soleil.
L'homme s'accrochait à ses sentiments, dont l'éclatement lui apparaissait maintenant brutalement. Il se reprochait sa cruauté excessive, qui avait plus été chez lui l'épanchement d'une rancune universelle que l'expression d'un sadisme.
Au loin, Aurromeinitobas rugissait, livrée par lui à un enfer. En ce moment, dans la baie hallucinée par les flammes que déversait l'Ancloum sur la ville, d'effrayantes et antiques rumeurs volaient, abasourdissant les eaux noires de leurs voix sépulcrales et enveloppant les airs dans un linceul de chants inconnus et démoniaques.
Texte écrit en 1993 et publié par Shadrack le 23 décembre 2004 sur http://achernar.over-blog.com/article-39493.html.
(1993)
Achel Kekim marche à grands pas sur la terre chauffée par le soleil de midi. Il est grand, massif même. Il est vêtu de simples frasques - peut-être un marin ou un apprenti. Son visage carré, sa mâchoire épaisse, son front dégagé, ses larges tempes augurent un caractère ferme. Son teint est clair. Son nez, fin mais quelque peu tordu. Son oeil droit est étrangement renfoncé, il regarde. Son oeil gauche est plus avancé, méchant. Il regarde aussi. Sombres, sans couleur précise, ses yeux sont déplaisants, troublants. Ses cheveux courts sont noirs, et sous le soleil ils s'agitent fiévreusement. Sa bouche fine et dépourvue de lèvres s'épanche sur la gauche en un rictus d'indifférence. Son cou est très large.
Des buissons épineux débordent sur le chemin. De loin en loin, de grands arbres solitaires escortés de broussaille paissent en bruissant tranquillement. Des souffles tièdes épars dansent au ras du sol. Le ciel est bleu.
Achel Kekim s'arrête. Seul, il songe. Il ne se souvient que de deux choses, de son nom et d'un visage qui sans cesse martèle son esprit, une face cruelle, tourmentée, triste, sardonique, moqueuse. Il ne reconnait plus le soleil, et il ne sait pas pourquoi il marche. Sous le soleil.
L'homme s'accrochait à ses sentiments, dont l'éclatement lui apparaissait maintenant brutalement. Il se reprochait sa cruauté excessive, qui avait plus été chez lui l'épanchement d'une rancune universelle que l'expression d'un sadisme.
Au loin, Aurromeinitobas rugissait, livrée par lui à un enfer. En ce moment, dans la baie hallucinée par les flammes que déversait l'Ancloum sur la ville, d'effrayantes et antiques rumeurs volaient, abasourdissant les eaux noires de leurs voix sépulcrales et enveloppant les airs dans un linceul de chants inconnus et démoniaques.
Texte écrit en 1993 et publié par Shadrack le 23 décembre 2004 sur http://achernar.over-blog.com/article-39493.html.
(1993)
La voix de la forêt
Une voix provenait de la sombre forêt, de derrière les chênes rugueux qu'enguenillait l'automne mourant, de derrière les halliers squelettiques et pourtant impénétrables, une voix tendue, prête à éclater, retenue telle l'ultime vitrail d'une cathédrale en ruines qui attend son dernier matin.
Une voix qui n'était pas parole, mais liturgie, prière, requiem.
Les paysans de l'Arno n’aimaient pas entendre ce chant en suspens, cette éternelle expiration. Ils se terraient dans leurs maisons délabrées, fermaient leurs petites fenêtres, et puis s'endormaient durant un jour et une nuit. Seul, le vieux Banaq, le doyen du village, sortait en cachette de sa grande demeure et pénétrait furtivement entre les buissons qu'étranglait une brume glaciale. Personne ne s'en apercevait, et il revenait chez lui avant que le soleil ne dissipe les inquiétudes des paysans effrayés. Un jour et une nuit s'étaient écoulés depuis que la litanie avait commencé, et le jour avait été semblable à la nuit : les champs noirs de désolation, le village muré dans son sommeil, la rivière sournoise dont l'eau engourdissait les poissons et, au loin, la forêt opalescente.
Texte écrit en 1992 et publié par Shadrack le 22 décembre 2004 sur http://achernar.over-blog.com/article-38785.html.
Une voix qui n'était pas parole, mais liturgie, prière, requiem.
Les paysans de l'Arno n’aimaient pas entendre ce chant en suspens, cette éternelle expiration. Ils se terraient dans leurs maisons délabrées, fermaient leurs petites fenêtres, et puis s'endormaient durant un jour et une nuit. Seul, le vieux Banaq, le doyen du village, sortait en cachette de sa grande demeure et pénétrait furtivement entre les buissons qu'étranglait une brume glaciale. Personne ne s'en apercevait, et il revenait chez lui avant que le soleil ne dissipe les inquiétudes des paysans effrayés. Un jour et une nuit s'étaient écoulés depuis que la litanie avait commencé, et le jour avait été semblable à la nuit : les champs noirs de désolation, le village muré dans son sommeil, la rivière sournoise dont l'eau engourdissait les poissons et, au loin, la forêt opalescente.
Texte écrit en 1992 et publié par Shadrack le 22 décembre 2004 sur http://achernar.over-blog.com/article-38785.html.
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