The content society 2: the new faces of meaning

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I might have titled this article "the slow march to irrelevancy of language as we know it" because that is all I am going to talk about here (using, incidentally, the English language - quelle ironie !).

Language, if anything, is meaning. (The sentence "you know what I mean" actually signals "I" have reached the limits of my ability to use language to formulate thoughts.) For us social animals, it is the key to power and the way we organize our acquisition of the products we need in our everyday life. Language is the debt that allows the capital venture of human society to exist.
It first evolved from its primitive origins, to fill the medium of air with sound then, much later, paper with letters. In quantitative terms, language is now delivered primarily through electronics. And this new medium is now formatting, changing it in ways that go beyond the rise of the SMS style.
An entire class of professionals has dedicated itself to maximizing the use of language, exploring its limits and abusing it for different purposes. Words are many. Sometimes, words are removed from their origins as implements of human intellect. Robots speak.
As a result, words have lost their power. You cannot trust them anymore to tell what they used to tell.

Darwin happens
Our brains are adapting. In this world of advertisements, we see the majority of the words for the lies they are. We try to counter attack, to fool the system.
The system adapts. The algorithms that power Internet pay attention to my clicks as well as to my words. In the future, the search engine will analyze what my eyes look at, my body expression, whatever telltale clues it can identify.
The core components of written language are giving way. What use do we have for proper spelling nowadays? We keep it because of the back catalogue. Other elements of language are also going the way of the dodo or, at least, becoming secondary to other signals. If robots can take grammar in charge, surely we have no further use for it.
Articulated language has not been with us forever. Is syntax but an impermanent stage in our cognitive history? Will it disappear at some point in the future?

The rise and fall of voice
We are still cavemen. Nothing beats spoken language to teach or to convey emotions. There is an enormous potential space for voice recognition-based technology to fill.
But the world is crowded and, given our physiology, emitting sounds is not unobtrusive. I don't believe people would wear masks to speak (perhaps more to filter input). Your electronic mailbox or keyboard affords you a level of intimacy in public places that voice will have trouble matching.
People do give instructions to their phones in public places, but they speak more often to other people at this stage. It could change, somehow. Paradoxically, the next decades could be the swan song of voice. This form of language would become the primary way to extend our will by interacting with technology, but it would still face the same ever growing limitations when you would try to communicate with another human being.

Mind to mind
The endgame of language is too alien for me to picture. I can imagine the ersatz of telepathy that uses electronics as the pipeline between two minds, but not the extra medium-specific layer of language that might develop around the connection of two intelligent minds.

A battle that takes place
In the content society, finding ways to make sense has never been more important because our brain has been educated to disbelieve language as we knew it. In some places, Newspeak triumphs. In other ones, people reclaim words or, even better, les mots.


FR



La société du contenu 2 : les nouveaux visages du sens
Cet article pourrait aussi bien être titré “le lent voyage vers l’obsolescence du langage tel que nous le connaissons” car je ne vais pas parler d’autre chose ici (d’abord en anglais ci-dessus, ce qui ne manque pas d’ironie).

Le langage, avant tout, c’est du sens. (La phrase “tu vois ce que je veux dire” signale d’ailleurs que j’ai atteint les limites de ma capacité à utiliser le langage pour formuler des pensées.) Pour les animaux sociaux que nous sommes, c’est la clé du pouvoir et notre méthode pour organiser notre acquisition des produits nécessaires au quotidien. Le langage est la dette qui autorise l’existence du grand projet qu’est la société humaine.
Il a quitté ses marais primitifs pour remplir le médium de l’air avec du son puis, plus tard, celui du papier avec des signes. De nos jours, en termes de quantités, le langage utilise surtout des moyens électroniques. Et ce nouveau médium le formate, le change d’une façon qui va au-delà de l’émergence du style SMS.
Des professions entières consacrent leurs énergies, pour divers motifs, à maximiser l’exploitation du langage, explorant ses limites jusqu’à l’abus. Les mots sont nombreux. Parfois, ils n’ont plus beaucoup de rapport avec leur fonction originale au service de l’intellect humain. Les robots parlent. En conséquence, les mots ont perdu leur pouvoir. Vous ne pouvez plus leur faire confiance pour signifier ce qu’ils avaient l’habitude de signifier.

L’évolution continue
Nos cerveaux s’adaptent. Dans ce monde de publicités, nous reconnaissons la majorité des mots pour les mensonges qu’ils sont. Nous essayons de contre-attaquer, de bluffer le système.
Le système s’adapte. Les algorithmes qui font tourner Internet étudient mes clics aussi bien que mes mots. Bientôt, le moteur de recherche analysera ce que mes yeux regardent, mon expression corporelle, et tout autre indice qu’il sera susceptible d’identifier.
Les éléments fondamentaux du langage semblent perdre de leur substance. A quoi bon s’attacher à l’orthographe, de nos jours ? Nous la conservons à cause du catalogue existant. D’autres éléments du langage vont disparaître ou, en tout cas, devenir secondaires à d’autres signaux. Si les robots peuvent s’occuper de la grammaire, sûrement nous n’en avons plus l’usage.
Le langage articulé ne nous a pas toujours tenu compagnie. La syntaxe n’est-elle qu’une étape transitoire dans notre histoire cognitive ? Disparaîtra-t-elle un jour, dans le futur ?

Grandeur et déclin de la voix
Nous sommes encore des hommes des cavernes. Rien ne transmet mieux les émotions ou les connaissances que le langage oral. La technologie basée sur la reconnaissance de la voix dispose d’un potentiel d’applications énorme.
Mais le monde est une foule et notre physiologie ne nous permet pas d’émettre de sons sur un canal limité. Je ne crois pas que des masques pour parler pourraient être populaires (peut-être plus pour filtrer la réception audio). Nos boîtes aux lettres électroniques et nos claviers nous procurent un degré de discrétion dans des endroits publics que la voix peut difficilement concurrencer.
Les gens donnent déjà des instructions à leurs téléphones dans des endroits publics, mais ils parlent plus souvent à d’autres personnes à ce stade. Il n’est pas interdit d’imaginer que cela puisse changer. Paradoxalement, les décennies à venir pourraient être pour la voix celles du chant du cygne. Cette forme de langage deviendrait l’outil d’interaction privilégié avec la technologie, mais continuerait à rencontrer, lorsqu’il faudrait communiquer avec un autre être humain, les mêmes limitations toujours plus fortes.

D’esprit à esprit
Mon expérience limitée ne me permet pas de concevoir l’aboutissement final du langage. Je peux imaginer un ersatz de télépathie connectant deux esprits grâce à l’électronique, mais pas la couche de langage propre au médium et susceptible de se développer sur cette base.

Une bataille se déroule
Dans la société du contenu, trouver un moyen de faire du sens est plus important que jamais parce que notre cerveau a appris à ne plus faire confiance au langage. Dans certains cas, la novlangue triomphe. Dans d’autres, les gens se réapproprient les mots, y compris ceux de leur langue natale.

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